Présentation de l'ouvrage
N’être, le roman événement de Charline Effah aux éditions La Cheminante
Charline Effah explore dans ce roman des relations mère-fille qui abordent de plein fouet la question de la couleur de peau et de la ségrégation.
Un vécu qui pervertit la sexualité de l’héroïne dans une société où règne la violence conjugale.
Au-delà de la torpeur, la dignité et des retrouvailles inattendues ouvrent l’horizon d’une naissance à soi-même.
La densité et la précision de l’écriture de Charline Effah pour déployer le cheminement psychologique et affectif de ses personnages sont littéralement envoûtantes.
Les médias en parlent :
Dans Jeune Afrique :
http://gangoueus.blogspot.fr/2015/04/charline-effah-n-etre.html?m=1
http://revistamito.com/netre-le-nouveau-roman-de-charline-effah/
http://valetsdeslivres.canalblog.com/archives/2014/10/24/30827906.htm
La belle note de lecture de Sami Tchak
« N’être ou ne pas naître : Charline Effah »
Il y a deux jours, j’ai reçu N’être, le nouveau roman de Charline Effah. Je l’ai lu. Dense, il se lit cependant facilement (généralement, de ma part, dire d’un texte qu’il se lit facilement, cela constitue un jugement négatif, car les romans denses, complexes, même ceux qui sont courts comme La mort à Venise ne se lisent pas facilement. Même lorsqu’ils sont écrits dans le style ciselé, limpide, de Maupassant, ils exigent de nous une attention soutenue).
Pour résumer ce texte en une phrase, on dirait: le questionnement d’une relation entre une fille et sa mère (je ne parle pas de la relation fille-mère, car l’histoire racontée ici est celle d’une fille bien précise, avec une mère bien précise, donc une histoire, une expérience personnelles). En réalité, c’est de l’amour dans son sens général, sous nombre de ses facettes, qu’il s’agit. L’écriture d’une finesse, poétique, s’insinue dans les fêlures, les déguisements, les mensonges, les hypocrisies, les contradictions qu’engendre l’amour…. La condition féminine ? Oui, il en est aussi question. Le père ? Bien sûr, dès que l’on parle d’une mère ! Je m’arrête là.
Ce roman, dans un petit format, aux éditions La Cheminante, ravirait plus d’un. Je me suis depuis un moment dit que des espaces comme une page facebook sont moins appropriés pour des articles, des chroniques de lecture. Je me trompe peut-être, mais j’ai fait le choix, pour tout texte qui m’a parlé, d’en proposer plutôt quelques extraits qui en disent suffisamment sur le style de l’auteur et donnent envie d’aller à sa rencontre ou de le fuir.
Extrait 1 :
« On ne peut réinventer l’amour. On prend celui qu’on nous donne, comme on nous le donne et quand on nous le donne. Et c’est bien la toute l’ironie de l’amour. Ironie qui justifie ma présence face à cette maison et à sa sarabande de souvenirs. Face à cette porte juste entrouverte comme pour me laisser entrer, en espérant, au fond, que j’y renonce. Pourtant le renoncement n’est pas un choix. Il s’impose quand l’entêtement nous pousse dans nos derniers retranchements et crée en nous un séisme profond, réduisant en lambeaux ce que nous avons été et ce que nous ne serons peut-être plus jamais. » page 25
Extrait 2 :
« Je m’appelle Lucindo Bidzo et j’ai vingt-neuf ans. Je vous prie de me pardonner de venir ainsi, alors que vous ne m’attendiez pas, alors que vous aviez mieux à faire que de m’ouvrir votre porte. Mais moi, je ne sais être rien d’autre que ça: une intruse. De toute ma vie,je n’ai su faire que ça: déranger, chambouler, éclater des vies et constater, dans les débris épars, les raisons de ma propre perte. » page 27
Extrait 3 :
« Je pouvais tout lui dire. Il comprenait, excusait, supportait et savait faire preuve d’une remarquable tolérance. Sa seule aversion: les hommes. Ceux que j’avais séduits, manipulés, trompés et trahis, bernés, abusés. Avec lui, j’en étais à regretter d’être née femme parce qu’un fait était indiscutable, si, par le plus improbable des hasards, j’avais été un homme et Elvis une femme, je l’aurais épousé vite fait. Mais comme ce scénario resterait du domaine des choses insaisissables, j’avais jugé bon de ne point me jeter corps, âme et esprit, dans une toquade… » pp 33-34
Extrait 4 :
« J’avais laissé un message sur le répondeur de son téléphone portable, l’informant que, cette fois-ci, la rupture avec Amos était définitive. Après avoir fait un tour à la boulangerie pour prendre des viennoiseries, Elvis avait sauté dans le premier métro. Il envisageait que nous passions l’après-midi ensemble: moi, étouffant des sanglots, feignant d’être heureuse de m’être enfin débarrassée du ralentisseur qui suçait mon temps, ma vie et ma beauté depuis deux ans; lui, se contentant de ma présence placide et indifférente. » pp 69-70
Extrait 5 :
« Pardonner.
Je songe à tes errements.
Et j’ai de la peine, je suis triste, meurtrie.
Je songe à tes rêves.
Et j’espère, je veux, je souhaite.
Qu’un jour les égarements de ton cœur.
Ne seront plus de ma faute.
Je referme la baie vitrée.
Comme une page qui se tourne. »
page 132
Portrait de Charline Effah :
Un roman où la puissance des sentiments nous enveloppe de façon tenue. Entre donner la vie ou vouloir naître et simplement être, entre refuser d’être et vouloir renaître… L’auteur touche la pointe du cœur pour le faire battre encore et encore. Les non-dits plus retentissant que les cris, la dureté qui cache la tendresse… Des personnages attachants, plein d’humanité.
Merci Madame Charline Effah.
Ce roman. Oh ce roman! une écriture envoûtante et puissante.
La relation mère-fille écrite entre poésie, tragédie et sagesse.
J’ai souligné des phrases entières. J’ai relu des chapitres, des extraits.
Si j’étais musicienne, je mettrai ce texte en musique. Si j’étais réalisatrice, j’en ferai un film. Le film de la femme debout, devant la porte. Tout un programme.
merci à l’auteur pour ce merveilleux voyage entre les lignes. C’est pour ce genre de sensibilité que j’aime la littérature. Une écriture habitée. Ici il n’est pas question d’une écrivaine de plus parmi la nuée. ici il est question d’un univers.
Marie Edith P
Je l’ai lu. D’une traite comme tout le monde. Que te dire? Sinon merci?
Merci de rappeler que nos renoncements, nos manquements de parents (particulièrement de mère) aujourd’hui, feront (peut-être) demain, de nos enfants (particulièrement de nos filles) des quémandeuses en tout : d’amour, de mariage, de foyer, d’enfants, de place dans la société, bref de vie… Des « N’ETRE ».
Etre parent est un métier à part entière où l’incompétence est payée cash par ceux qui nous sont le plus chers au monde : nos enfants. Roman à mettre entre les mains de tous les papa et maman, surtout de filles.
Un livre magique, puissant, quasi étouffant que je vous recommande vivement.
Merci Agnès pour cette découverte. On entre surtout dans la deuxième partie du livre comme si on entrait dans un champ de bataille : toutes les filles de mères africaines, en particulier, et internationales, probablement, se reconnaîtront dans ce chapitre :*
Bravo à Charline Effah pour sa truculente et envoûtante écriture.
Lucinda est jeune femme forte et belle dont les légers défauts sont ceux d’avoir une mère et d’aimer un homme. C’est du moins ce que l’on retient de « N’être » de Charline Effah, une plongée dans notre intériorité à travers celle de la narratrice. Dans ce livre de seulement une centaine de pages, les mots sont comme une thérapie, comme une arme pour ostraciser un passé inoubliable, un présent diffus et un futur en fuite. Un passé marqué par des relations compliquées avec son non-père ; un présent de conflits amoureux avec Amos, l’amour de sa vie, l’amant, l’homme mariée à une autre ; un futur invisible, imaginé seulement, avec, pour point fixe, le désir de vivre pleinement sa vie de femme, une vie différente de celle de sa mère, Medza. Une mère omniprésente qui occupe d’ailleurs l’intégralité de la deuxième partie du roman. Lucinda ose y confronter la grande figure maternelle à force de tutoiements et d’accusations : « […] Désormais, j’ai encore plus peur qu’avant. Peur de l’amour. Peur de ton regard intimidant dans cette embarrassante hostilité, avilie et abjecte, dans laquelle j’ai vu la déchéance de l’instinct maternel » (P.108).
On retient son souffle au fil des pages, assistant, comme médusé, au spectacle du combat silencieux de Lucinda face au dinosaure que représente la figure supposée inattaquable de la mère. C’est que, Lucinda, dans une tentative de réappropriation de son identité, ressent le fort besoin de détruire celle que sa mère lui a construite sans son autorisation : « C’est comme si toi et moi, nous étions sous l’emprise d’une fatalité, comme si nous portions les mêmes chaînes sans qu’aucune ne soit parvenue à s’en défaire librement, comme si nous avions laissé l’amour de l’homme nous broyer, comme si nous avions laissé l’homme broyer l’amour que nous avons de nous-mêmes » (P.137). La polysémie du titre « N’être » nous donne une piste assez claire du projet de Lucinda : il s’agit probablement de naître une seconde fois en recréant dans la négation (N’) de ce passé maternel et transmissible par le genre, un nouvel être, plus en accord avec la narratrice. La forme épistolaire de cette deuxième partie ne doit cependant pas nous tromper : Lucinda ne dira jamais ces mots qui lui brûlent pourtant les lèvres.
Grâce à une fantastique maîtrise de la langue, de la temporalité et surtout des métaphores, Charline Effah réussit le tour de force de se saisir du sujet de la condition de la femme, sujet difficile et jamais commun, pour en extraire une substance envisagée sous un jour nouveau. Elle y fait d’une certaine manière le procès du non-dit, moyen de communication privilégié par les mères africaines, en nous livrant une Lucinda au langage libéré face à une Medza désillusionnée. Du Tropical-Bar à Irvindo, on navigue avec les personnages sur la mer trouble de leur sentiment. Un livre à transmettre de mères en filles, avec l’espoir qu’un lien plus fort que celui du sang finisse par unir les unes aux autres.
« N’Etre ». p.26.
Simple, facile à lire, Charline Effah aborde en général les différentes facettes de l’amour. Charline Effah ne cessera de monter crescendo vers les sommets de la littérature Africaine.
« N’Etre » de Charline Effah implicitement m’interpelle. sans passer au bleu le thème majeur qu’est l’amour entre fille et mère, la relation ardue entre les deux. mais ce texte arbore les voies du sens de la vie. Charline Effah est une force qui va, pour ainsi reprendre les propos de Victor Hugo.
Je ne cesse de savourer N’ETRE de Charline Effah.
Etalant d’un style à la fois poétique et expressif, Charline Effah nous entraîne dès l’ouverture de son roman dans un univers sans barrière. La figure de Medza est d’un réalisme époustouflant et elle la montre de la plus belle manière en cassant le souffle de sacralité qui couvre les figures maternelles. Dans une société où l’attention et l’amour cèdent la place aux idées réussies, la morale est soutenue par la convention sociale. Qui d’entre vous n’a pas honte de dire le « bâtard », celui-là même qui vient au monde alors qu’il n’est pas attendu. Et pourtant, Lucinda en a, comme si cela ne suffisait déjà pas à faire de N’ETRE un chef- d’œuvre, Maman Effah utilise les tournants de la vie pour en venir à une émouvante retrouvaille de Medza et de Lucinda.
On ne lit pas le roman N’ETRE on le vit.