JOURNAL SUD-OUEST : INTERVIEW DE JEAN-LOUIS LESBORDES SUR LA PARUTION « D’ÉBÈNE ET D’OR » À LA CHEMINANTE
Les racines d’ébène et d’or du docteur Lesbordes
RENCONTRE Le médecin luzien Jean-Louis Lesbordes dédicace son premier roman, la vie extraordinaire de son père, des Landes au Gabon, aux sources d’une famille métissée
de Raphaëlle Gourin
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En touches discrètes, dans le cabinet de Jean-Louis Lesbordes, les traces paternelles sont partout. Celles de l’Afrique aussi. Elles se dessinent en camaïeu, se métissent comme l’atypique histoire familiale retracée dans son premier livre. Comme la Gascogne et le Gabon dans les veines du médecin luzien de la rue Chauvin-Dragon.
De ses origines, du parcours de son père aventurier, il a tiré un roman. « D’ébène et d’or » vient de paraître aux éditions La Cheminante. Il le présentera la semaine prochaine à la librairie Le 5e Art.
Sur le bureau de chêne façonné pour lui par son ébéniste de géniteur, Jean-Louis Lesbordes est remonté aux sources. Il a pisté la vie de l’homme admiré, qui a tenu à ramener dans son Mont-de-Marsan natal ses petits de sang mélangé. C’était dans l’immédiat après-guerre. Il tenant à leur offrir une éducation à la française.
CHERCHEUR D’OR ET DE BOIS
Une démarche à contre-courant des préjugés d’une époque. « Quand ils rentraient des colonies, les hommes qui y avaient fait des enfants, des « ricochets » comme on les appelait les laissaient en général sur place. » Lui pense que sa mère – elle-même métisse – et son père se sont vraiment aimés, « contrairement à d’autres qui étaient dans un rapport colon-colonisé », sourit le médecin.
Le récit de cette vie familiale originale, entre une mère gabonaise qui vient dans les Landes seulement l’été, et la dévouée Tante Marthe, sœur célibataire du père, employée en « seconde maman » le reste du temps, conclut le roman.
Pour Jean-Louis Lesbordes, cette fois, le sujet central n’est pas seulement ici. IL est dans le récit du parcours de ce père aimé, né avec le XXe siècle, qui lâche un temps son atelier d’artisan pour tenter fortune dans le bois puis l’or du continent noir. Une vie de brousse, en moiteur et en labeur, entre malaria, travailleurs africains et colons plus ou moins reluisants. Dont le célèbre docteur Schweitzer, fondateur, dans le forêt équatoriale d’un exemplaire hôpital et futur Nobel.
L’ENQUÊTE
Tout a commencé d’une réflexion de sa sœur, lâchée dans un souffle il y a cinq ans, comme un secret de famille honteux. « Elle nous balance que pendant la guerre, notre père a été déserteur. » Jean-Louis Lesbordes lance l’enquête.
Il y trouve de quoi battre en brèche la croyance de son aînée. Le père n’était pas déserteur. D’autres petits secrets de famille émergent. Il titr le fil, recueille et recoupe les souvenirs des siens, décrypte les carnets d’orpailleurs de son père, les courruers, exhume les documents officiels, scrute les photos sépia. Puis il regroupe le fruit de ses recherches d’une un ouvrages autoédité. Il en distribue les exemplaires aux frères et sœurs, aux enfants, neveux, nièces.
La matière du roman était-là, mais j’avais fait ça de manière chronologique, pour nous. Je en savais pas si ça pouvait intéresser en dehors du cercle familial », confie aujourd’hui Jean-Louis Lesbordes. Mais quand même, lui qui a toujours écrit « de petites choses », lui qui participe aux ateliers d’écriture du 5e Art s’interroge.
ENCOURAGEMENTS
Par le biais de connaissances, l’ouvrage atterrit dans les mains d’une réalisatrice emballée par son potentiel scénaristique. Un encouragement confirmé par Paule Constant, de l’Académie Goncourt. Avant de s’installer à Saint-Jean-de-Luz, Jean-Louis Lesbordes a beaucoup travaillé en Afrique comme médecin coopérant. Il y a croisé le mari de l’écrivain. « A tout hasard je le lui envoie, raconte-t-il. Elle me conseille d’en faire un roman. »
Depuis, il a comblé les vides de l’histoire en imaginant des dialogues, retravaillé la narration à l’encre d’une plume tendre et pleine d’humour. Depuis, il a croisé la route de Sylvie Darreau, spécialiste de la littérature africaine. Depuis, le livre est sorti. Et il nage dans « un bonheur presque d’amoureux », à s’en réveiller la nuit.

