Présentation de l'ouvrage
Ce troisième roman d’Anne-Marie Carthé sonde
l’univers intérieur de Sévère, artiste peintre, qui
s’obstine à percer un mystère.
Obsédé par la nouvelle de Balzac, Le Chef-d’œuvre inconnu,
Sévère prend du recul sur sa peinture tout en
tentant de se rapprocher de la perfection.
Entre le Gers, l’Espagne et le Portugal − géographie
où circulent les oeuvres de l’artiste dans le monde
de l’art contemporain − Sévère évolue d’une
manière décalée très attachante.
La clé de sa quête artistique va résider dans la
révélation d’un secret familial lié à l’histoire
taboue des enfants volés du franquisme…
L’horizon qui s’ouvre à lui libère les émotions et
les sentiments jusque-là pétrifiés par le silence
de la grande Histoire.
L’existence de Sévère se déploie en parfaite
harmonie avec une nature sublimée par la plume
poétique d’Anne-Marie Carthé.
À lire à la suite du roman, la nouvelle d’Honoré de Balzac :
Le Chef-d’œuvre inconnu.
Début du roman :
Le temps consume ce qui ne lui appartient pas.
Dans le poêle à bois qui avale, sans se plaindre, les papiers froissés et déchirés, les toiles dilacérées et les châssis démontés parce que, parfois, le découragement est trop grand, les braises chuchotent encore. Sévère Ehtrac vient de s’endormir, assis sur une chaise maculée de brais*, de plâtre, de résidus de gomme mie de pain* amalgamés aux gouttes de vernis et de traces de peinture formant, avec un brin d’imagination, des gerbes de fleurs inopinées. L’homme a les bras ballants, le menton sur sa poitrine, la tignasse grasse. Ses jambes raides, tendues et écartées, reposent sur le talon de ses espadrilles, du moins ce qu’il en reste. Sous l’une des semelles de corde, est restée collée une carte de visite sur laquelle est inscrit : « Nous repasserons. Très cordialement. Jane et Pietro Esperanto. »
Sévère a laissé tomber, sur le sol poisseux, un pinceau éventail* imprégné d’un liant épais qui en séchant durcit les poils de martre, immanquablement. L’outil abandonné, finira entre deux bûches incandescentes. Sa blouse est jetée sur le sol, recouverte de tant de couches de peinture, qu’elle pourrait tenir debout. Le poste de radio tente de se faire entendre sous un tas de chiffons poissés et imprégnés d’huile légère de houille. Un livre coiffant un globe terrestre vient de choir en se refermant dans un bruit mat. Une cétoine dorée* trépasse dans une coupelle remplie de colle. Les pinceaux pour vernis prennent un bain d’essence de térébenthine à l’odeur irritante. Une mouche domestique s’improvise funambule sur le bord d’une boîte de conserve remplie d’eau, dans laquelle trempent des pinceaux à filets*, à brèche*, en oreille de bœuf*. L’insecte s’envole tout d’un coup et vient se poser, à la manière d’un grain de beauté, sur le nez bourbonien de Sévère et le fait sursauter. Il fronce ses sourcils drus, ouvre un œil, puis l’autre, et visse son regard atone sur la pendule accrochée à une chaîne fixée à la poutre. « Déjà » bougonne Sévère en triturant les poils de sa barbiche, ressemblant davantage à un pinceau chinois de plumes de coq qu’à une barbe à l’impériale bien lustrée.Autour de lui, c’est sans surprise qu’il constate le capharnaüm révélé par la lumière décapante du jour. La chose est coutumière.
Sévère a travaillé toute la nuit sur une toile plus grande que lui.
Le vent se lève et l’odeur subtile du lamier blanc lui parvient.
Découvrez les autres titres d’Anne-Marie Carthé : « Azaan » et « Mère, mon Algérie »
Je me suis régalé du style et de l’histoire. Je situe ce roman entre Metin Arditi qui est un de mes auteurs préférés avec en particulier « L’imprévisible » et « Le Turquetto » et une autre auteur Isabelle Condou qui a écrit un livre qui s’appelle « La Perrita ».
J’ai trouvé ce récit magnifique, bien mené avec un final somptueux. La nouvelle de Balzac est très belle et remarquablement utilisée. Très, très belle écriture. A lire absolument.
Je suis entrée dans l’atelier de Sévère, c’est comme si j’y étais, tout est décrit avec précision, on imagine le lieux, ainsi que le personnage, particulier, mais attachant, on a envie de l’aider à percer son mystère. Coline est une belle personne également, au passé douloureux. L’histoire est émouvante et on a hâte de page en page de découvrir ce secret familial. On retrouve toujours dans tes romans, cette belle poésie qui nous fait voyager, qui nous apaise. Petit clin d’oeil à Plaisance et à cette magnifique et mystérieuse Andalousie. J’ai beaucoup aimé cette histoire, félicitations et surtout continuez d’écrire pour notre plus grand plaisir.
Merci à Sylvie Darreau d’avoir publié ce roman.